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Sécurité privée : les représentants de la profession demandent des mesures de protection

Sécurité privée : les représentants de la profession demandent des mesures de protection
Publié le 01/03/2025 à 07:00

Les violences contre les agents de sécurité, notamment dans les discothèques et les grandes surfaces du secteur de la distribution, ont atteint un niveau important. Face à l’absence de statistiques précises et à la difficulté de porter plainte, les vigiles réclament des mesures concrètes de protection. Par exemple, l’installation de caméras piétons ou simplement l’application des circonstances aggravantes prévues par la loi.

Les agents de sécurité, dont les « videurs », sont trop souvent la cible d’agressions violentes, voire mortelles. Parmi les derniers exemples tragiques en date, le meurtre par arme à feu le 18 janvier 2025 d’un agent de 37 ans, dans une discothèque du quartier de la Valentine, à Marseille.

« Dans les boîtes de nuit, c’est malheureusement presque toujours le même scénario qui se répète », déplore Cédric Paulin, secrétaire général du Groupement des entreprises de sécurité (GES), une organisation professionnelle qui représente les entreprises de ce secteur. « Quand une personne est éconduite pour mauvais comportements ou une ivresse trop importante, soit elle frappe au moment de partir, soit elle revient une heure plus tard et potentiellement avec une arme. »

Mais cette violence n’est pas nouvelle. « Des agressions, voire des meurtres d’agents de sécurité, il y en a toujours eu. Ce genre de drames se produisait déjà dans les années 1980 ou 1990 », poursuit-il. « Globalement, on ne peut donc pas parler d’une recrudescence des violences, mais plutôt d’un niveau élevé qui perdure, tant pour les boîtes de nuit que dans le secteur événementiel comme la sécurité dans les stades. »

Toutefois, la situation semble se dégrader en ce qui concerne précisément les agents travaillant dans les magasins et la grande distribution. La crise économique que traverse le secteur, depuis la période Covid, pousse les gestionnaires à des réductions d’effectifs. « Bien souvent, on se retrouve seul pour appréhender une personne suspectée de vol dans un magasin, quand nous étions au moins deux auparavant », témoigne Florent Le Coq, agent de sécurité dans la Drôme et négociateur de la branche prévention-sécurité pour la CGT. « Or, quand nous sommes seuls, il est très facile de se retrouver en infériorité numérique et c’est dans ces situations qu’il y a le plus d’agressions. »

« Nous essayons seulement de faire notre travail, mais procéder à une interpellation avec notre corps, c’est souvent prendre des coups », déplore Florent Le Coq. Cependant, dans la majorité des cas, il s’agit d’agressions verbales et de menaces, ce qui reste grave et impactant pour les agents. « Quand quelqu’un menace de vous attendre à la sortie du travail, cela peut vous trotter toute la journée dans la tête et être extrêmement stressant. »

Tous les agents de sécurité doivent être titulaires d’une carte professionnelle délivrée par le Conseil national des activités privées de sécurité (Cnaps), après une formation certifiée.

Dans les boîtes de nuit, 80 % des agents de sécurité sont employés directement par l’établissement, en tant que service interne. Ils ne sont pas salariés d’entreprises de sécurité privée et relèvent de la convention collective des cafés et restaurants, sauf dans les grandes discothèques où un prestataire de sécurité peut être engagé.

Absence de statistiques précises

Mais recrudescence ou non, la violence doit être contenue et les agents protégés. Or, il est très difficile de mesurer l’ampleur du phénomène, car il n'existe actuellement presque aucune statistique sur les agressions d’agents de sécurité.

Interrogés par le JSS, ni le ministère de la Justice, ni le Cnaps ne sont en mesure de fournir des données sur le sujet. Les seules statistiques disponibles sont celles de l’Observatoire des métiers de la sécurité privée dont le dernier rapport, publié en octobre 2023, montre une augmentation des agressions depuis 2019, mais une baisse sur un temps plus long.

En 2022, 3 % des salariés du secteur ont été agressés physiquement, contre 2 % en 2021 et 1 % en 2020. C’est toutefois moins qu’en 2013, où 4 % d’entre eux avaient été victimes d’agressions physiques. Les agressions verbales suivent à peu près la même tendance, avec environ 27 % d’agents victimes en 2022 et 2021 contre 10 % en 2019, ce qui est moins qu’en 2013 (33 %).

L’absence de statistiques plus précises, récentes et « officielles » est un problème récurrent pointé par les professionnels du secteur. « Nous ne connaissons pas encore assez le phénomène des agressions d’agents de sécurité. Or, sans données fines sur le nombre de violences, comment savoir précisément quelles mesures de protection mettre en place ? », souligne Cédric Paulin.

Selon lui, la sécurité privée est probablement un des secteurs les plus touchés par les agressions, mais le manque de données complètes empêche toute comparaison fiable avec d’autres professions. « Il y a 210 000 agents de sécurité privée en France. Il serait essentiel de pouvoir calculer le nombre d’agressions pour 1 000 agents, afin d’avoir une vision claire de la situation. »

« L’absence de connaissance du phénomène des agressions vis-à-vis des agents de sécurité privée n’est pas inéluctable. Les pouvoirs publics, sur d’autres domaines (policiers, gendarmes, pompiers), y parviennent en collationnant des données, notamment judiciaires », insiste le secrétaire général du Groupement des entreprises de sécurité. Ce calcul doit pouvoir se faire à partir des données de la police, des dépôts de plaintes et des condamnations, en faisant remonter l’information à chaque fois que cela touche une personne titulaire d’une carte professionnelle d’agent de sécurité.

Ce constat est partagé par Florent Le Coq : « Nous avons besoin de statistiques solides sur lesquelles nous appuyer. Ce serait un levier pour interpeller le ministère et exiger des mesures concrètes. C’est l’une des principales revendications de la profession. »

Indépendamment du déficit de données, le niveau de violence sur le terrain reste très élevé et les représentants des agents demandent la mise en place de différentes mesures de protection.

Crainte de déposer plainte

Le manque de statistiques sur les violences est accentué par un autre phénomène : la réticence des agents de sécurité à déposer plainte. D’après Florent Le Coq, beaucoup d’agents de sécurité n’osent pas porter plainte après une agression verbale ou physique. Cela conduirait à une sous-déclaration des incidents. « Pour les agents, porter plainte, c'est prendre le risque que l’agresseur dépose à son tour une plainte contre eux, créant ainsi une situation de parole contre parole », explique-t-il.

Sur le terrain, cette stratégie est « quasi systématique » de la part des agresseurs présumés, assure Florent Le Coq. Avec une plainte contre soi, l’agent peut se retrouver avec un casier judiciaire en cas de jugement. « Or, si l’agent a un casier, il ne peut plus exercer son métier. »

En outre, un agent ne peut pas quitter son poste pour aller porter plainte. « Il doit se rendre au commissariat sur son temps libre et cela en décourage beaucoup au vu des délais d’attente », ajoute Florent Le Coq.

Pourtant, la loi sur la sécurité globale de 2021 a créé une circonstance aggravante pour les agressions physiques et verbales à l’encontre des agents de sécurité. Les peines encourues doivent donc être théoriquement plus sévères. Mais les représentants de la profession expliquent ne pas savoir si cette disposition de la loi a été appliquée dans des jugements, malgré un courrier adressé l’année dernière au ministère de la Justice par le Groupement des entreprises de sécurité. « Cette mesure de protection juridique a été longtemps une revendication des syndicats. Aujourd’hui, nous demandons que son application soit réellement effective pour dissuader les potentiels agresseurs », souligne Cédric Paulin.

Caméras piétons

Parmi les autres revendications, le Groupement des entreprises de sécurité réclame l’autorisation d’équiper les agents de caméras piétons. Ces petites caméras se fixent à la poitrine ou à l’épaule pour enregistrer les interventions.

« Nous demandons à ce que les agents de sécurité puissent en être équipés dans tous les lieux qui accueillent du public, de la grande distribution aux discothèques », indique Cédric Paulin. « Ces caméras ont un double effet : elles dissuadent les agresseurs potentiels et, en cas d’agression, elles fournissent un élément supplémentaire de preuve ou de contexte. Leur efficacité a été prouvée dans d’autres secteurs professionnels où elles ont été déployées, comme dans les polices municipales. »

Si cette mesure fait partie des revendications permanentes du GES, le port de la caméra n’est actuellement pas autorisé par la loi. « Nous avions déjà demandé son introduction dans la loi sur la sécurité globale de 2021, mais sans succès. Nous espérons que cette mesure sera incluse dans une nouvelle législation sur la sécurité, aujourd’hui nécessaire pour mieux protéger les agents », ajoute Cédric Paulin.

Une autre revendication du GES est de faciliter l’accès à la profession par la mise en place de formations par alternance, avec une carte professionnelle pour les alternants, ce qui doit permettre de répondre aux besoins croissants de main-d’œuvre.

Par ailleurs, l’organisation professionnelle ne voit pas l’armement des agents comme une solution. « Ce n’est pas cela qui règlera le problème. Cela risque plutôt de faire monter en tension les éléments. En outre, cela demande de la formation initiale et continue. »

En définitive, les recommandations sont claires : « appliquer les circonstances aggravantes prévues dans la loi de 2021 et équiper les agents de caméras piétons pour dissuader efficacement les agresseurs potentiels », résume Cédric Paulin.

Pour Florent Le Coq, la priorité est de rendre obligatoire la présence d’au moins deux agents pour procéder à une interpellation, en particulier dans les magasins en cas de suspicion de vols. « Les agents ne doivent plus se retrouver seuls », insiste-t-il. Même si être exposé à des situations de violence fait partie intégrante du métier, les agents de sécurité sur le terrain espèrent réduire au maximum les risques, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Sylvain Labaune

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