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(93) Tribunal de Bobigny : « J’ai trop froid, j’ai dû trouver une solution »

(93) Tribunal de Bobigny : « J’ai trop froid, j’ai dû trouver une solution »
Publié le 31/03/2025 à 08:10

CHRONIQUE. Au tribunal judiciaire de Bobigny, la 17e chambre s’intéresse à une affaire de destruction et de vols de voiture. Un réfugié, sans-papiers, se défend de n’avoir eu d’autres choix pour s’abriter du froid nocturne.

En Seine-Saint-Denis, le tribunal judiciaire de Bobigny juge les délits de flagrance à sa 17e chambre. C’est le cas de Bilal*, poursuivi pour destruction et dégradation de bien en état de récidive. Le regard noir, l’homme de 27 ans attend debout dans le box des accusés que la présidente détaille les faits.

« Des policiers se sont approchés d’un véhicule 208 à Pantin dans la nuit après avoir vu une personne s'affairer près de la voiture, précise-t-elle. Ils vous ont interpellé après avoir constaté qu’une vitre avait été cassée et que vous vous apprêtiez à rentrer dedans ». Puis, la magistrate donne la parole au prévenu pour entendre sa version des faits. 

« J’ai fait une bêtise »

Bilal tente de se faire comprendre malgré un français inexact : « J’ai cassé la voiture pour dormir dedans, je n’ai rien pris. » Sur place, les policiers ont aussi constaté que deux autres véhicules avaient été dégradés : une 3008 et une Clio. Concernant la 208, l’enjoliveur droit a été brisé. La surprise de l’interpellation aurait empêché que tout objet soit dérobé. Le lendemain des faits, la propriétaire du véhicule endommagé a porté plainte.

La juge l’interroge sur les faits :

« Ça vous dit quelque chose ?

-      Non, mais ça fait deux jours que je dors dehors et il fait trop froid, je suis glacé. J’étais obligé de trouver des solutions. La voiture avait l’air abandonnée. J’ai fait une bêtise. »

Avant d'entamer l’analyse de personnalité du prévenu, il est précisé que la victime s’est portée partie civile et demande 485 € de préjudice matériel pour réparer les dommages sur la voiture et 1000 € de préjudice moral pour le stress important et la perte de temps provoqué par l’affaire.

Ancien pêcheur avec des antécédents

Bilal est arrivé en France en 2015 depuis l’Algérie. Interrogée par les enquêteurs, l’une de ses sœurs, installée en Normandie, précise qu’il a été « très affecté par le décès de leurs parents en 2008 » et qu’il a un niveau d’études égal à la quatrième. Avant son départ de l’Algérie, il était pêcheur. En France, il enchaînait les petits boulots sur les marchés et dans les bâtiments.

Sans activité depuis six mois et sans domicile depuis son arrivée, il dormirait dans une voiture à Aubervilliers ou dans des squats. Il est, néanmoins, suivi par deux associations d’aide aux réfugiés à Pantin et dans le 19e arrondissement de Paris, qui lui permettent de se nourrir et de se doucher. Il a reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

Plusieurs mentions sont inscrites à son casier judiciaire, dont une en avril 2024 pour vol avec destruction et dégradation pour laquelle il a écopé d’une amende et de six mois d’emprisonnement avec sursis. En juillet 2024, il est à nouveau reconnu coupable de vol et destruction d’un véhicule, cette fois-ci à Aubervilliers. Il passe pour ce délit six mois dans un centre de rétention. Il en est sorti fin janvier 2025.

« Excusez-moi »

En réponse, Bilal répète de nombreuses fois « Madame, s’il te plaît, je voulais juste dormir. Madame, excusez-moi » et « donnez-moi un sursis. » La procureure reste de marbre et commence ses réquisitions : « Le fait de dormir dans une voiture qui ne vous appartient pas est déjà une infraction. Vous avez voulu dérober à l’intérieur. Cette tentative de vol est importante au vu de vos précédents. »

Le ministère public pointe : « À peine êtes-vous sorti de prison que vous commettez une nouvelle infraction. » Pour Bilal, elle requiert une peine de 8 mois d’emprisonnement avec un mandat de dépôt et une interdiction d’entrer sur le territoire français pendant cinq ans pour renforcer l’OQTF déjà mise en place. 

Bilal, ayant refusé d’avoir un avocat, revient sur sa décision. L’avocat commis d’office rappelle alors au tribunal : « Il lui est reproché de s’affairer devant un véhicule mais ces mots sont très larges et vagues. Mon client voulait seulement avoir un endroit chaud où dormir. »

Il appelle donc à sa relaxe et pointe le caractère disproportionné des réquisitions, notamment l’interdiction du territoire français. Dans le box des accusés, le prévenu répète inlassablement « Je m’en excuse, excusez-moi. »

Reconnu coupable

Après une suspension de séance d’une trentaine de minutes, le tribunal rend son délibéré. La constitution de partie civile a été renvoyée à juin 2025, le temps de comprendre les dommages précis causés au véhicule et à sa propriétaire.

Les faits ont été requalifiés en dégradation de bien d’autrui. Bilal est reconnu coupable et condamné à 6 mois de prison avec un possible aménagement en semi-liberté. Un juge de l’application des peines (JAP) devra se prononcer dans les cinq prochains jours. Une chose est sûre, le prévenu dormira en prison.

Marie-Agnès Laffougère

*Les prénoms ont été modifiés

 

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