ÉCONOMIE

Lutte contre les fraudes et protection des consommateurs : le bilan 2024 de la DGCCRF

Lutte contre les fraudes et protection des consommateurs : le bilan 2024 de la DGCCRF
Publié le 14/03/2025 à 12:00

La DGCCRF vient de publier son bilan d’activité pour l’année 2024. L’administration de défense « de l’ordre public économique » a entamé une prise en compte des enjeux écologiques et technologiques au sein de ses processus de contrôles et de sanctions. Une évolution qu’elle compte approfondir en 2025 et dans les années à venir.

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a publié le 13 mars dernier son rapport intitulé « Bilan d’activité 2024 et perspectives 2025 ». Pour rappel, la DGCCRF est rattachée à la direction du ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique. Son objectif est de « garantir l’ordre public économique », en luttant notamment contre les atteintes à la concurrence et contre les fraudes. L’autorité poursuit trois missions historiques : la protection des consommateurs ; le bon fonctionnement concurrentiel des marchés ; et enfin, la lutte contre les fraudes économiques.

Mais, depuis 2024, deux nouvelles missions lui ont été confiées. Ainsi, elle se charge du contrôle des dispositions des règlements européens sur les marchés (le DMA ou Digital Markets Act) et sur les services numériques (le DSA ou Digital Services Act). Et toujours depuis 2024, la DGCCRF est aussi habilitée à gérer la surveillance du marché des cosmétiques et des produits de tatouage, qui relevait auparavant de la compétence de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

Des actions adaptées aux crises successives qui ont émaillé l’année 2024

« Plus que jamais, l’année 2024 a été pour la DGCCRF une année d’action sur une grande variété de sujets au service de la protection des consommateurs et de la régulation des marchés », déclare Sarah Lacoche dans les premières pages du rapport. La directrice prend en exemple la crise agricole survenue dans l’Hexagone au début de l’année 2024. Elle mentionne les multiples actions mises en œuvre par les agents de l’administration, telles que des « contrôles en département sur l’origine des produits » et la participation de la DGCCRF « aux réflexions menées par le gouvernement et les parlementaires sur les dispositions dites EGalim ».

Sarah Lacoche s’arrête aussi sur la « mobilisation soutenue dans le cadre des Jeux-Olympiques », de ses agents. Et pour cause, plus de 16 000 établissements ont été contrôlés lors de cette période sportive mémorable. L’accent a notamment été mis sur les contrôles de mise sur le marché de produits dérivés et la vérification de la bonne information des consommateurs au sein des hôtels et des restaurants de la capitale. « Nous poursuivrons aussi cette année les négociations engagées sur certains sujets structurants comme la directive sur les allégations environnementales qui vise à offrir aux consommateurs une plus grande assurance sur la véracité des allégations environnementales », précise Sarah Lacoche, faisant référence à la lutte contre le greenwashing.

Pour Véronique Louwagie, ministre déléguée chargée du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes entreprises et de l’Économie sociale et solidaire, les objectifs de la DGCCRF pour l’année 2025 sont doubles. La ministre déléguée envisage de poursuivre sa politique de simplification des processus de la DGCCRF, déjà entamée en 2024. Une simplification « pour les entreprises et les consommateurs, mais aussi pour les agents », en intégrant, par exemple, des outils d’intelligence artificielle lors des contrôles numériques. Véronique Louwagie met un point d’honneur à l’accompagnement des « transformations de l’économie », également en matière d’intelligence artificielle, afin de relever les « défis collectifs [] s’agissant notamment des transitions environnementale et numérique », indique-t-elle en préambule du bilan d’activité publié par la DGCCRF.

La DGCCRF mobilisée pour la protection et la sécurité des consommateurs en 2024

Au cours de l’année 2024, la DGCCRF a mené 130 enquêtes nationales, tandis qu’un peu moins de 65 000 établissements et sites internet ont fait l’objet de contrôles. Dans le détail, 83% des actions de l’administration concernaient des questions de protection économique des consommateurs, 10% relevaient de la sécurité des consommateurs et 7% recouvrait la protection des règles de concurrence. Au total, un peu plus de 21 000 avertissements et 8 600 injonctions ont été émis en 2024. Aussi, près de 3 500 procédures pénales ont été transmises au Parquet, tandis que plus de 2 300 amendes administratives ont été notifiées, pour un montant total de 93 millions d’euros.

L’année « 2024 marque la poursuite de la bascule plus prononcée vers la recherche et la sanction des fraudes les plus dommageables à l’économie », s’est notamment félicitée Sarah Lacoche, directrice générale de la DGCCRF.

81,3 millions d’euros du montant total des amendes administratives dressées par la DGCCRF concernaient la régulation concurrentielle des marchés. Les 11 millions d’euros restants correspondaient à des amendes administratives en lien avec la protection économique du consommateur, telles que la lutte contre les cas de défaut d’information sur les prix et sur les conditions particulières de vente, les démarchages téléphoniques abusifs ou encore les pratiques commerciales interdites.

Concernant les plaintes et litiges des consommateurs, la DGCCRF a comptabilisé 318 000 signalements en 2024 sur son site internet SignalConso. Lancée en 2020 par l’administration, cette plateforme permet à tout consommateur de signaler un problème ou un litige avec un professionnel aux services d’enquête de la DGCCRF. Les agents se chargent, dans un second temps, de transmettre la requête du consommateur au professionnel concerné pour que celui-ci puisse y répondre. Au total, 56% des signalements ont été lus par les professionnels concernés, en 2024. Et 85% de ces professionnels ont répondu aux signalements reçus. Enfin, plus de 45 000 appels ont été traités par les agents de RéponseConso, un service de renseignement géré par la DGCCRF et permettant aux consommateurs de se renseigner sur leurs droits.

De plus, le rapport d’activité spécifie que les litiges portant sur les ventes en ligne se trouvent « toujours » en tête du classement des signalements en fonction du lieu de vente, avec 144 620 signalements. S’agissant du classement des signalements par secteur d’activité, les produits alimentaires et non alimentaires commercialisés sur internet occupent la première place, avec près de 110 000 signalements, suivis de loin par le secteur de l’immobilier, du logement et du BTP, avec près de 45 000 signalements. En troisième place du classement se hissent les produits alimentaires et non alimentaires commercialisés en magasin (30 000 signalements).

Le plan stratégique 2025-2028 élaboré par la DGCCRF

« Nos priorités pour l’année à venir se traduisent dans notre programme national des enquêtes, élaboré en cohérence avec les grands enjeux identifiés dans notre nouveau plan stratégique 2025-2028 », expose Sarah Lacoche. Les « grands enjeux » auxquels elle fait références sont : la transition numérique et technologique, la transition écologique, le pouvoir d’achat (et la formation des prix), les nouvelles exigences des consommateurs, les nouveaux besoins des entreprises et le « bon fonctionnement des marchés face à l’évolution de la mondialisation ». Afin de répondre à ces enjeux, la DGCCRF a élaboré son plan stratégique 2025-2028, « fruit d’une démarche participative » qui a mobilisé ses agents, tant au niveau national qu’au niveau des territoires. Le plan entend ainsi renforcer le rôle de régulateur économique de l’administration « tout en répondant aux transformations majeures de l’économie et de la société », complète le rapport.

Ce plan prévoit notamment une préservation accrue du pouvoir d’achat des consommateurs. Pour ce faire, la DGCCRF compte mobiliser sa Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), qui se chargera de transposer les récentes directives européennes 2024/1711 et 2024/1788. Ces dernières obligent les plus gros fournisseurs d’électricité et de gaz à proposer un contrat à prix fixe et à durée déterminée. La DGCCRF projette également d’aller plus loin dans la protection des consommateurs, avec, par exemple, un modèle de devis bientôt obligatoire dans le secteur funéraire, en concertation avec les Conseils nationaux de la consommation et des opérateurs funéraires. L’administration promet aussi de poursuivre sa veille sur l’équilibre des relations entre les entreprises, avec une pérennisation de la majoration de 10% du seuil de revente à perte sur les produits alimentaires (qui était en vigueur à titre expérimental). L’administration rappelle sa volonté de « continuer de mener des actions contre des centrales européennes implantées hors de France et approvisionnant des grandes surfaces françaises ».

Concernant ses objectifs d’accompagnement vers la transition écologique, la DGCCRF compte bientôt intégrer les téléviseurs puis les lave-linges dans son dispositif d’indice de durabilité, soumis à des critères de fiabilité, contrairement à l’indice de réparabilité. L’autorité a, par ailleurs, rappelé sa volonté de finaliser son travail sur les décrets d’application concernant l’information des consommateurs quant à la saisonnalité des fruits et légumes. Enfin, pour ce qui est de son accompagnement vers la transformation numérique, la DGCCRF compte lancer des enquêtes sur les dossiers de tourisme en ligne, de streaming et de sites de drop shipping. Afin de garantir la transparence de son nouveau plan, l’administration promet qu’elle publiera chaque année, et ce, jusqu’en 2028, son état d’avancement.

Inès Guiza

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