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Le Sénat adopte une proposition de loi pour faciliter la prolongation des rétentions administratives

Le Sénat adopte une proposition de loi pour faciliter la prolongation des rétentions administratives
Publié le 20/03/2025 à 09:28

Le texte, adopté par la droite et le centre, aligne sur un même régime les faits graves ou dont le comportement constitue une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public avec les actes de terrorisme. La durée maximale de rétention pourra atteindre 210 jours.

Le Sénat a adopté en première lecture, mardi 18 mars, la proposition de loi visant à faciliter le maintien en rétention des personnes condamnées pour des faits d'une particulière gravité et présentant de forts risques de récidive.

Porté par la sénatrice LR valdoisienne Jacqueline Eustache-Brinio, le texte a pour origine, selon l’exposé de ses motifs, la mort de Philippine, jeune étudiante tuée par un homme libéré quelques jours auparavant d’un centre de rétention administrative (CRA).

« Cette affaire illustre les difficultés rencontrées dans le chaînage du placement - et du maintien - en rétention et de l'éloignement effectif des étrangers sous le coup d'une mesure d'éloignement, et les conséquences terribles que peut avoir un échec à éloigner rapidement et efficacement certains profils », explique la proposition de loi.

Actuellement, une personne peut être privée de liberté dans un CRA durant 30 jours. Cette période peut être allongée jusqu’à 90 jours pour des motifs fondés sur l'ordre public ou l'impossibilité d'exécuter à temps la décision d'éloignement, notamment en cas d’obstruction par l’étranger à l’exécution d’office de la décision d’éloignement.

Si la personne concernée a été condamnée à une peine d’interdiction du territoire pour des actes terroristes, ou si sa décision d'expulsion se fonde sur des considérations liées à des activités terroristes pénalement constatées, la durée maximale de rétention peut même atteindre 180 jours, voire 210 jours « à titre exceptionnel ».

Une grande marge de manœuvre laissée par le législateur européen

Des dispositions jugées conformes au droit européen par la sénatrice, qui a proposé donc d’aller plus loin : « Ce dispositif est même en deçà des possibilités laissées par le cadre européen en termes de durée. »

La directive du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, dite directive « retour », laisse en effet aux États membres la possibilité de maintenir la rétention jusqu’à six mois.

Voire jusqu’à 18 mois « lorsque, malgré tous leurs efforts raisonnables, il est probable que l’opération d’éloignement dure plus longtemps en raison du manque de coopération du ressortissant concerné d’un pays tiers ou des retards subis pour obtenir de pays tiers les documents nécessaires ».

Les violences graves et le crime organisé éligibles à la prolongation de rétention

Au titre des motifs pour prolonger la mesure de rétention, la proposition de loi intègre les faits graves ou dont le comportement constitue une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public. Cela concerne notamment les infractions sexuelles et les violences graves ou en lien avec le crime organisé. Des faits désormais alignés en termes de rétention administrative avec les activités terroristes.

« Cette mesure permettra de donner des marges supplémentaires aux administrations afin de faire en sorte que les individus les plus menaçants soient bel et bien éloignés avant de pouvoir récidiver, y compris en cas de complications procédurales », estime Jacqueline Eustache-Brinio.

Une telle mesure avait déjà été intégrée par la commission des Lois du Sénat en fin d’année dernière dans la proposition de loi tendant à renforcer les moyens de surveillance des individus condamnés pour des infractions sexuelles, violentes ou terroristes. Elle avait finalement été retirée du texte sur demande du gouvernement, qui souhaitait une loi dédiée.

Seule différence, notable toutefois : cette procédure ne serait plus seulement applicable en cas de décision d'interdiction de territoire français comme initialement envisagé, mais également à la suite d'autres mesures d'éloignement, comme les obligations de quitter le territoire français (OQTF), qu’elles soient prononcées pour un motif d’ordre public ou consécutives à un retrait ou à un refus de titre de séjour motivé par des activités terroristes.

Autre nouveauté, en cas d’appel contre la décision mettant fin à la rétention administrative des personnes après une prolongation, cet appel est suspensif s’il concerne des étrangers condamnés à une peine d’interdiction du territoire français, à une condamnation définitive pour des crimes ou délits punis de cinq ans ou plus d’emprisonnement ou dont le comportement constitue une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public. C’est un alignement sur les règles concernant les actes de terrorisme.

Le texte doit désormais passer par la case Assemblée nationale. La proposition de loi a toutes les chances d’être adopté, les sénateurs membres de Renaissance et des Républicains ayant voté en faveur de l’adoption à la chambre haute.

Alexis Duvauchelle

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