ÉCONOMIE

Dette : l’addiction à la dépense publique va-t-elle nous coûter cher ?

Dette : l’addiction à la dépense publique va-t-elle nous coûter cher ?
Publié le 21/03/2025 à 15:26

La dette publique était dans le viseur, ce mercredi, lors de la 13e édition du Printemps de l’économie. Une dette insoutenable détenue majoritairement par des non-résidents, et qui souffre de dépenses de fonctionnement trop élevées. L'annuler pourrait cependant être une mauvaise idée. 

« Il n’y a plus eu de budget équilibré depuis 1974 ! ». Au Printemps de l’économie, mercredi 19 mars, à l’occasion d’un point sur la dette publique, l’heure était au bilan et à la prospective. L’ancien ministre de l’Économie et des Finances Jean Arthuis n’a pas manqué de tacler une « spécificité bien française » : recourir à l’emprunt sans commune mesure, quitte à devoir régler des intérêts de la dette potentiellement importants.

La 13e édition de ce temps fort annuel qui donne la parole aux spécialistes de la sphère économique, et se déroule cette année au Conseil économique, social et environnemental (CESE) du 18 au 21 mars, est placée sous le thème de l’action publique, dans le contexte de tensions géopolitiques et de crise écologique.

En 2024, la France affichait un déficit public de 175 milliards d’euros (6 % du Produit intérieur brut) et une dette publique de 3 300 milliards d’euros (112,8 % du PIB), a rappelé Muriel Breiman, rédactrice en chef adjointe au service Economie de l’Express.

Perte de souveraineté

Jean Arthuis l’a martelé, l’addiction à la dépense publique, via l’investissement ou les dépenses de fonctionnement - salaires, retraites des fonctionnaires -, doublée d’une procrastination sur les réformes, a conduit à une accélération de l’endettement public de plus d’un tiers en 10 ans, à ce que la charge de la dette devienne plus importante que le budget de l’Éducation nationale, et à une perte de souveraineté. Ce, d’autant plus que 60 % de la dette publique hexagonale est détenue par des investisseurs étrangers.

Une marge de manœuvre délicate que sanctionnent les agences de notation. Rémy Carasse, directeur et analyste en chef des notations souveraines au niveau européen chez S&P, donne pour principale explication à la perspective négative dressée par son agence à l’égard de la France, fin février, la divergence avec le reste de la zone euro, puisque le déficit public français est le plus élevé de la zone monétaire.

En cause également, l’absence de solde primaire positif du budget depuis 2001, le niveau de dépenses publiques trop élevé, et la complexité du contexte politique sans  consensus sur la « consolidation des finances publiques » au parlement, qui comporte en outre le risque de voir soit une nouvelle motion de censure votée, soit de nouvelles élections législatives anticipées.

L’endettement européen comme planche de salut

Faut-il par conséquent mener une politique d’austérité pour réduire la dette publique ? Ce n’est pas une position qu’adopte Mathilde Viennot. La co-fondatrice de l’Institut Avant-garde a souligné mercredi que le retard pris en matière d’investissement public dans la transition écologique rend celle-ci plus chère à se réaliser, et par conséquent, l’endettement consacré serait moins soutenable.

Par ailleurs, pour l’économiste, se baser sur le ratio dette/PIB pour s’alerter sur la dérive de la dette publique n’a pas de pertinence, d’autant plus eu égard à la « confusion » dans le débat concernant la soutenabilité par rapport à la liquidité ou la solvabilité.

En réalité, selon elle, la soutenabilité de la dette publique dépend de plusieurs facteurs tels la qualité des dépenses publiques, les réformes en place, la maturité des titres de dette publique et leurs détenteurs. Et dans les derniers facteurs cités, plus le titre de dette publique est inscrit dans la durée, plus la dette est soutenable; de même que si la dette est détenue par des investisseurs nationaux, plus elle est soutenable. Le Japon, pays le plus endetté au monde selon le ratio dette/PIB, a une dette publique rapportée à 260 % du PIB.

Il n’empêche, comment financer la transition écologique dans une perspective de marge de manœuvre publique étroite ? L’une des solutions discutées serait de faire un financement à l’échelon européen, selon Jérôme Creel, directeur du département des Études à l’OFCE, Observatoire français des conjonctures économiques. Pour ce dernier, il y a un consensus chez les économistes sur l’effet multiplicateur de la dépense publique.

Ce qui donne une occasion de pouvoir investir au niveau européen sur la transition écologique comme il est question de le faire pour la question de la défense européenne, avec le plan de 800 milliards d’euros annoncé par la Commission européenne pour le secteur de l’armement dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne.

Lors de ce Printemps de l’économie, Jérôme Creel a ainsi estimé que cette exception accordée à la défense méritait d’être étendue à la question environnementale, en s’appuyant sur la Banque centrale européenne pour que cette institution détienne la dette publique émise pour financer la transition écologique, à l’instar de celle émise durant le Covid.

Mais par conséquent, il ne faut pas s’attendre à un retour rapide sous la barre de 60 % de dette publique, comme indiqué dans les traités européens, et l’Allemagne pourrait empêcher une émission de dette commune en cas de réforme du pacte budgétaire européen, a conclu l’économiste.

Pas question d’annuler la dette française ?

Si pour sa part, Jean Arthuis est partisan de l’idée de plus d’Europe, pour mettre en commun davantage de souveraineté, cela ne doit pas conduire à un roulement de la dette, ni à ne pas faire de réformes. L’ancien ministre a préconisé une réforme de la fiscalité sur le travail, estimant qu’elle cause la délocalisation de l’activité, la désindustrialisation de l’économie française, et rappelle que la balance commerciale française est déficitaire depuis 2002.

En tout cas, il n’est pas question, a-t-il soutenu, de procéder à une annulation, même partielle, de la dette publique française, rappelant que la dernière fois qu’un tel procédé fut adopté par un gouvernement français, c’était en 1797, sous la Révolution française, avec la banqueroute aux deux tiers. Un avis partagé par Jérôme Creel. En cas d’annulation de la dette Covid, cela poserait un problème de crédibilité de la dette publique française auprès des futurs créanciers, a-t-il souligné.

Mais un dernier élément pourrait aider à réduire la dette publique et à fournir une marge de manœuvre pour les États, c’est l’inflation. Toutefois, cela nécessite, selon l’économiste, une révision des statuts de la Banque centrale européenne (BCE), notamment son objectif de stabilité des prix et une cible de 2 % d’inflation sur le long terme. Si d’aventure, l’institution européenne redéfinissait sa mission en matière d’inflation, en relevant le taux sur le long terme à 3,5 % ou 4 %, cela offrirait une possibilité de réduire la dette publique.

Les évolutions gouvernementales en France, ou en Allemagne, donneront une idée plus précise des discussions lancées dans cette conférence.

Jonathan Baudoin

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