Depuis cinq ans, le Sport Data Hub permet de recenser et de traiter les données des athlètes, notamment afin d’optimiser la performance de haut niveau. Pour simplifier l'accès à cette data, le portail numérique France.sport, lancé dans le prolongement, vise désormais à créer « un guichet unique » où les sportifs peuvent retrouver leurs performances. Explications.
En 2020, en prévision des
jeux de Paris 2024, le Sport Data Hub (SDH) voyait le jour, créé par l’ANS, l’INSEP, et la direction des sports. Cet entrepôt numérique permet de recenser et de traiter les données des athlètes. Jeudi 6 mars, la faculté de
droit de Nancy a organisé un colloque où le SDH a servi d’exemple pour sa gestion
des data.
Le Sport Data Hub
n’est ni une application ni un portail d'accès numérique, mais la base de
données nationale qui centralise les informations sur les athlètes. L'intérêt
de croiser ces données est de pouvoir les confronter en vue d’optimiser la
performance de haut niveau. Cette source a bien entendu amélioré la préparation
des compétitions olympiques. La mise en commun des data facilite aussi leur traitement, explique Cécile Chaussard, professeure de droit à l'Université de
Bourgogne. La concurrence internationale pour la collecte et l'utilisation des
données dans le sport a conduit à la mise en œuvre d'une stratégie de
centralisation de ces données. « On a bénéficié des crédits de relance
suite au COVID permettant aux fédérations de se doter de compétences de Data
Analyst et de Sport Scientist » poursuit Benoit Schuller, responsable
du Sport Data Hub et conseiller de la haute-performance à l'agence
nationale du sport.
« La nomination de Paris
comme ville des jeux en 2024 a été un déclencheur. À partir de cette
nomination, s'est posée la question de savoir si les data constituent un levier
de l'optimisation de la performance ». Des réflexions ont
été menées entre les différents acteurs publics du sport pour décider d'une
gestion commune des données.
Concrètement, de ses
résultats en compétition jusqu'à son entrée en CREPS (centre de ressources,
d'expertises et de performances sportives), tout le parcours du sportif de haut
niveau est enregistré sur le Portail de suivi quotidien des sportifs (ou
PSQS) en lien avec le Sport Data Hub. L'athlète est reconnaissable grâce
à un numéro d'identification unique dès qu'il rentre dans le périmètre du PPF (projet
de performance fédérale) piloté par la direction des sports. Dans le cadre de
ce projet, le sportif est aussi testé sur une plateforme d'effort (comme VALD),
pour corriger, entre autres, des décalages posturaux.
Au cours de sa carrière,
l'athlète participe aussi à des projets de recherches biologiques qui
s’appuient sur la collecte de certaines informations sur sa santé. L'ensemble
de ses données est recensé et stocké dans le Sport Data Hub. Benoit
Schuller explique que la création du SDH s'est inspiré du Health Data Hub
qui centralise et partage les données de santé des patients.
Un travail collaboratif des
acteurs du sport
Outre les acteurs publics du
sport, les acteurs privés collectent des données physiologiques au moyen de
capteurs de performance. Le Sport Data Hub centralise les mesures issues
des chronomètres et autres appareils connectés. Ces données sont d'abord
enregistrées par les applications de chaque marque (Garmin, Catapult,
Polar etc). Ensuite seulement, elles sont transmises au SDH via une
base de données externe.
La base de données externes
en question comporte des conditions générales d'utilisation auxquelles le
sportif adhère ou non. Il décide par ailleurs de ce qu'il souhaite y transférer
depuis ses applications.
Les apports du Sport Data
Hub aboutissent généralement à une contractualisation entre l'agence
nationale du sport, l'Institut national du sport de l'expertise et de la
performance (INSEP), le ministère et les sportifs. Le consentement de l'athlète
à l'enregistrement de ses données est malgré tout relativisé par les objectifs
d'entrainement qui lui sont imposés, remarque la professeure Chaussard.
Le SDH est un outil de collaboration
entre les différents opérateurs du mouvement sportif. La naissance de l'agence
nationale du sport en 2019 avait déjà suscité des critiques, selon la
professeure. Aujourd’hui, une difficulté juridique se présente avec l'absence
d'une personnalité morale propre au SDH. Raison pour laquelle toute
collaboration avec le Sport Data Hub suscite une contractualisation des
échanges avec chacune des trois autorités responsables (ANS, INSEP, direction des
sports). Pour simplifier l'accès aux données, un portail numérique différent du
PSQS a donc été créé en lien avec le Sport Data Hub : France.sport. « L'idée est d'avoir un guichet unique »,
explique la professeure, offrant un accès personnalisé au SDH qui a été pensé
comme la banque de données de tous les athlètes français.
Mise en service du guichet
unique France.sport
La création de France.sport, en janvier 2024, permet désormais aux sportifs de haut niveau d'accéder à leurs données de performance par
un portail d'accès public. Pour Maximilien Lanna, membre de la chaire
Plateformes numériques et souveraineté, le Sport Data Hub « devient
un outil de partage et de mise à disposition de données issues de sources
externes ». L'État n'est plus spectateur de la collecte des données,
mais devient acteur et facilite leur ouverture aux administrations.
L'innovation des appareils de
mesures, la nécessité pour les entraineurs d'analyser les data enregistrées
pour améliorer la performance des athlètes avaient pris le pas sur
l'encadrement de la collecte de données. « On courait après la
règlementation » rapporte Sophie Prosper, ex-cheffe de projet mise en
conformité du Sport Data Hub.
« On est une plateforme
en construction, donc on travaille avec des universitaires pour pouvoir
impliquer la recherche, faire émerger un modèle, et peut-être pouvoir le
dupliquer » ajoute-t-elle à propos du SDH. Avant de
centraliser les données collectées des sportifs de haut niveau, il fallait
mettre le procédé en conformité avec les règles du RGPD (Règlement général de
protection des données). « Tout ce travail d'encadrement et de
conformité a permis d'aboutir à la rédaction d'un décret en cours de parution
sur la mise en place de la plateforme France.sport et de l'entrepôt de
données ». La dissolution de l'Assemblée nationale et le vote tardif du
budget a eu pour effet de retarder la publication dudit décret. Ce dernier précisera notamment les règles de conservation des données et la création d'un comité
éthique et scientifique sur la question.
« Dans moins d'un an, on
a les JO à Milan et Cortina, et moins de 3 ans ceux de Los Angeles », rappelle
le responsable du SDH, Benoit Schuller. Cette échéance fournit une bonne raison
d'accélérer la centralisation des données des compétiteurs dans le but
d'optimiser leurs capacités.
Antonio
Desserre