DROIT

Comment sont collectées les données relatives aux sportifs ? (1/3)

Comment sont collectées les données relatives aux sportifs ? (1/3)
Publié le 17/03/2025 à 07:00

Depuis cinq ans, le Sport Data Hub permet de recenser et de traiter les données des athlètes, notamment afin d’optimiser la performance de haut niveau. Pour simplifier l'accès à cette data, le portail numérique France.sport, lancé dans le prolongement, vise désormais à créer « un guichet unique » où les sportifs peuvent retrouver leurs performances. Explications.

En 2020, en prévision des jeux de Paris 2024, le Sport Data Hub (SDH) voyait le jour, créé par l’ANS, l’INSEP, et la direction des sports. Cet entrepôt numérique permet de recenser et de traiter les données des athlètes. Jeudi 6 mars, la faculté de droit de Nancy a organisé un colloque où le SDH a servi d’exemple pour sa gestion des data. 

Le Sport Data Hub n’est ni une application ni un portail d'accès numérique, mais la base de données nationale qui centralise les informations sur les athlètes. L'intérêt de croiser ces données est de pouvoir les confronter en vue d’optimiser la performance de haut niveau. Cette source a bien entendu amélioré la préparation des compétitions olympiques. La mise en commun des data facilite aussi leur traitement, explique Cécile Chaussard, professeure de droit à l'Université de Bourgogne. La concurrence internationale pour la collecte et l'utilisation des données dans le sport a conduit à la mise en œuvre d'une stratégie de centralisation de ces données. « On a bénéficié des crédits de relance suite au COVID permettant aux fédérations de se doter de compétences de Data Analyst et de Sport Scientist » poursuit Benoit Schuller, responsable du Sport Data Hub et conseiller de la haute-performance à l'agence nationale du sport.

« La nomination de Paris comme ville des jeux en 2024 a été un déclencheur. À partir de cette nomination, s'est posée la question de savoir si les data constituent un levier de l'optimisation de la performance ». Des réflexions ont été menées entre les différents acteurs publics du sport pour décider d'une gestion commune des données.

Concrètement, de ses résultats en compétition jusqu'à son entrée en CREPS (centre de ressources, d'expertises et de performances sportives), tout le parcours du sportif de haut niveau est enregistré sur le Portail de suivi quotidien des sportifs (ou PSQS) en lien avec le Sport Data Hub. L'athlète est reconnaissable grâce à un numéro d'identification unique dès qu'il rentre dans le périmètre du PPF (projet de performance fédérale) piloté par la direction des sports. Dans le cadre de ce projet, le sportif est aussi testé sur une plateforme d'effort (comme VALD), pour corriger, entre autres, des décalages posturaux.

Au cours de sa carrière, l'athlète participe aussi à des projets de recherches biologiques qui s’appuient sur la collecte de certaines informations sur sa santé. L'ensemble de ses données est recensé et stocké dans le Sport Data Hub. Benoit Schuller explique que la création du SDH s'est inspiré du Health Data Hub qui centralise et partage les données de santé des patients.

Un travail collaboratif des acteurs du sport

Outre les acteurs publics du sport, les acteurs privés collectent des données physiologiques au moyen de capteurs de performance. Le Sport Data Hub centralise les mesures issues des chronomètres et autres appareils connectés. Ces données sont d'abord enregistrées par les applications de chaque marque (Garmin, Catapult, Polar etc). Ensuite seulement, elles sont transmises au SDH via une base de données externe.

La base de données externes en question comporte des conditions générales d'utilisation auxquelles le sportif adhère ou non. Il décide par ailleurs de ce qu'il souhaite y transférer depuis ses applications.

Les apports du Sport Data Hub aboutissent généralement à une contractualisation entre l'agence nationale du sport, l'Institut national du sport de l'expertise et de la performance (INSEP), le ministère et les sportifs. Le consentement de l'athlète à l'enregistrement de ses données est malgré tout relativisé par les objectifs d'entrainement qui lui sont imposés, remarque la professeure Chaussard.

Le SDH est un outil de collaboration entre les différents opérateurs du mouvement sportif. La naissance de l'agence nationale du sport en 2019 avait déjà suscité des critiques, selon la professeure. Aujourd’hui, une difficulté juridique se présente avec l'absence d'une personnalité morale propre au SDH. Raison pour laquelle toute collaboration avec le Sport Data Hub suscite une contractualisation des échanges avec chacune des trois autorités responsables (ANS, INSEP, direction des sports). Pour simplifier l'accès aux données, un portail numérique différent du PSQS a donc été créé en lien avec le Sport Data Hub : France.sport. « L'idée est d'avoir un guichet unique », explique la professeure, offrant un accès personnalisé au SDH qui a été pensé comme la banque de données de tous les athlètes français.

Mise en service du guichet unique France.sport

La création de France.sport, en janvier 2024, permet désormais aux sportifs de haut niveau d'accéder à leurs données de performance par un portail d'accès public. Pour Maximilien Lanna, membre de la chaire Plateformes numériques et souveraineté, le Sport Data Hub « devient un outil de partage et de mise à disposition de données issues de sources externes ». L'État n'est plus spectateur de la collecte des données, mais devient acteur et facilite leur ouverture aux administrations.

L'innovation des appareils de mesures, la nécessité pour les entraineurs d'analyser les data enregistrées pour améliorer la performance des athlètes avaient pris le pas sur l'encadrement de la collecte de données. « On courait après la règlementation » rapporte Sophie Prosper, ex-cheffe de projet mise en conformité du Sport Data Hub.

« On est une plateforme en construction, donc on travaille avec des universitaires pour pouvoir impliquer la recherche, faire émerger un modèle, et peut-être pouvoir le dupliquer » ajoute-t-elle à propos du SDH. Avant de centraliser les données collectées des sportifs de haut niveau, il fallait mettre le procédé en conformité avec les règles du RGPD (Règlement général de protection des données). « Tout ce travail d'encadrement et de conformité a permis d'aboutir à la rédaction d'un décret en cours de parution sur la mise en place de la plateforme France.sport et de l'entrepôt de données ». La dissolution de l'Assemblée nationale et le vote tardif du budget a eu pour effet de retarder la publication dudit décret. Ce dernier précisera notamment les règles de conservation des données et la création d'un comité éthique et scientifique sur la question.

« Dans moins d'un an, on a les JO à Milan et Cortina, et moins de 3 ans ceux de Los Angeles », rappelle le responsable du SDH, Benoit Schuller. Cette échéance fournit une bonne raison d'accélérer la centralisation des données des compétiteurs dans le but d'optimiser leurs capacités.

Antonio Desserre

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