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(91) À Évry, les éducateurs de rue mobilisés contre les coupes budgétaires

(91) À Évry, les éducateurs de rue mobilisés contre les coupes budgétaires
Publié le 14/03/2025 à 19:00

Les éducateurs de rue de l'Essonne ont manifesté, jeudi 13 mars, pour protester contre les coupes budgétaires du conseil départemental, véritable « menace » pour la jeunesse et la cohésion sociale. Plus d’une centaine de professionnels du travail social se sont rassemblés devant l'hôtel du département pour exprimer leur inquiétude, face à une majorité départementale qui dit assumer ses choix, forcée par un contexte budgétaire qui ne permettait aucune souplesse.

Le froid mordant de mars ne les a pas arrêtés. Ce jeudi, les éducateurs de rue manifestaient devant l’hôtel du département de l’Essonne, à Évry-Courcouronnes. Par solidarité, les syndicats d’enseignants, les associations de parents d’élèves de collèges et les salariés du secteur social et médico-social se sont également joints à la mobilisation devant les grilles du conseil départemental. Dans la foule aussi, des éducateurs de plusieurs départements voisins, et même d’un peu plus loin : Grenoble, Poitiers, Lille. Dans le Nord justement, le Département a fait machine arrière après une mobilisation inédite de ses agents, et particulièrement des acteurs de la prévention spécialisée, menacés de la suppression de 60 postes. Les espoirs seraient permis.

Face aux coupes budgétaires importantes votées, en février dernier, par les élus de la majorité départementale, les professionnels de la jeunesse et les médiateurs craignent eux aussi des suppressions de postes. Ils redoutent que les subventions attribuées à la prévention spécialisée ne retombent sur les villes, qui ne peuvent pas toutes amortir cette politique si spécifique de la prévention de la délinquance. D’autant que le nombre de communes éligibles à ces subventions en Essonne a diminué de moitié, les dotations se concentrant désormais sur les plus grandes villes.

L’intersyndicale réclame, depuis le vote de ce budget marqué par des mesures austères, « une augmentation des moyens humains et financiers afin de renforcer le maillage éducatif et la solidarité sur l’ensemble du territoire ». Le collectif Educ de rue 91 fait ainsi part, dans un communiqué diffusé en amont de la manifestation, de son incompréhension : « Le Département reconnaît pourtant une dégradation des conditions de vie au sein des territoires exposant principalement les plus jeunes à de graves dangers : décrochage scolaire, harcèlement, problèmes de santé mentale, rixes… »

« La jeunesse n’est plus une priorité pour le département »

« Le travail des éducateurs de rue est diversifié, confirme une manifestante. D’ailleurs, nous affirmons aussi notre solidarité avec les enseignants et les éducateurs de la PJJ, eux aussi victimes de politiques dévastatrices. » Une éducatrice arbore une croix, où est peinte une drôle d’épitaphe : « Ici repose la prévention spécialisée. » Une seconde affiche haut qu’elle va « quitter son métier », à 24 ans. Mais les manifestants, en ce 13 mars, ne semblent pas résignés.

La prévention spécialisée perdrait en effet entre 20 et 40 postes, conséquence de la diminution de 2,6 millions d’euros des fonds alloués d’ordinaire à ce service public par le Département. « Cela montre que la jeunesse n’est plus une priorité pour le Département », s’insurge une enseignante de collège, qui « soutient pleinement » les éducateurs. « La situation est dramatique, dénonce un manifestant, devant une foule compacte. Nous, les éducateurs, sommes les premiers boucliers face à la misère sociale produite par la société. » « La jeunesse est un investissement pour l’avenir, et le Département semble l’avoir oublié, malgré son slogan (« Terre d’avenirs », ndlr) », tonne Olivier Thomas, conseiller départemental (DVG) du canton des Ulis et élu d’opposition.

La majorité départementale continue d’expliquer, de son côté, que la hausse des dépenses obligatoires et la baisse des recettes (soit un « trou » de 350 millions d’euros) ont rendu « nécessaires » des coupes drastiques dans les politiques qui pouvaient être résorbées par d’autres collectivités, les communes en première ligne. Il est demandé aux communes de financer à hauteur de 50 % les subventions aux associations, contre 30 % l'année dernière.

Une délégation de manifestants a été reçue, le même jour, par Alexandre Touzet, vice-président du Département en charge de la citoyenneté et de la prévention. Ce dernier, joint par le JSS, assure « ne pas remettre en cause la prévention spécialisée, dont les éducateurs sont les premiers à connaître les réalités du terrain », et « comprend » que ces coupes drastiques puissent être difficilement acceptées. Pour autant, les élus n’avaient « pas le choix » : « La situation financière des communes n’a rien à voir avec celle du Département. Elles peuvent nous aider. »

S'il réfute tout retour en arrière concernant les choix budgétaires, l’élu évoque plusieurs pistes, comme la mutualisation des moyens entre collectivités et le renforcement du travail de prévention par tranche d’âge, en se concentrant sur les CM2 et les 6e. « Le travail doit se faire en direction de ceux qui ont le plus besoin de la prévention spécialisée, et aujourd’hui, on constate que ce sont les plus jeunes », estime Alexandre Touzet. A ce jour, des médiateurs interviennent dans une vingtaine de collèges de l’Essonne. Mais face à ce « rajeunissement de la délinquance », de nouveaux outils sont à l’étude, précise le vice-président. Suffiront-ils à apaiser la colère des agents ?

Mylène Hassany

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