Les éducateurs de rue de
l'Essonne ont manifesté, jeudi 13 mars, pour protester contre les coupes
budgétaires du conseil départemental, véritable « menace » pour la jeunesse
et la cohésion sociale. Plus d’une centaine de professionnels du travail social
se sont rassemblés devant l'hôtel du département pour exprimer leur inquiétude,
face à une majorité départementale qui dit assumer ses choix, forcée par un
contexte budgétaire qui ne permettait aucune souplesse.
Le froid mordant de mars ne
les a pas arrêtés. Ce jeudi, les éducateurs de rue manifestaient devant l’hôtel
du département de l’Essonne, à Évry-Courcouronnes. Par solidarité, les syndicats
d’enseignants, les associations de parents d’élèves de collèges et les salariés
du secteur social et médico-social se sont également joints à la mobilisation
devant les grilles du conseil départemental. Dans la foule aussi, des
éducateurs de plusieurs départements voisins, et même d’un peu plus loin :
Grenoble, Poitiers, Lille. Dans le Nord justement, le Département a fait
machine arrière après une mobilisation inédite de ses agents, et
particulièrement des acteurs de la prévention spécialisée, menacés de la
suppression de 60 postes. Les espoirs seraient permis.
Face aux coupes budgétaires
importantes votées, en février dernier, par les élus de la majorité
départementale, les professionnels de la jeunesse et les médiateurs craignent eux
aussi des suppressions de postes. Ils redoutent que les subventions attribuées
à la prévention spécialisée ne retombent sur les villes, qui ne peuvent pas
toutes amortir cette politique si spécifique de la prévention de la
délinquance. D’autant que le nombre de communes éligibles à ces subventions en
Essonne a diminué de moitié, les dotations se concentrant désormais sur les
plus grandes villes.
L’intersyndicale réclame,
depuis le vote de ce budget marqué par des mesures austères, « une
augmentation des moyens humains et financiers afin de renforcer le maillage
éducatif et la solidarité sur l’ensemble du territoire ». Le collectif
Educ de rue 91 fait ainsi part, dans un communiqué diffusé en amont de la
manifestation, de son incompréhension : « Le Département reconnaît
pourtant une dégradation des conditions de vie au sein des territoires exposant
principalement les plus jeunes à de graves dangers : décrochage scolaire,
harcèlement, problèmes de santé mentale, rixes… »
« La jeunesse n’est
plus une priorité pour le département »
« Le travail des
éducateurs de rue est diversifié, confirme une manifestante. D’ailleurs,
nous affirmons aussi notre solidarité avec les enseignants et les éducateurs de
la PJJ, eux aussi victimes de politiques dévastatrices. » Une
éducatrice arbore une croix, où est peinte une drôle d’épitaphe : « Ici
repose la prévention spécialisée. » Une seconde affiche haut qu’elle
va « quitter son métier », à 24 ans. Mais les manifestants, en
ce 13 mars, ne semblent pas résignés.
La prévention spécialisée
perdrait en effet entre 20 et 40 postes, conséquence de la diminution de
2,6 millions d’euros des fonds alloués d’ordinaire à ce service public par
le Département. « Cela montre que la jeunesse n’est plus une priorité
pour le Département », s’insurge une enseignante de collège, qui
« soutient pleinement » les éducateurs. « La situation
est dramatique, dénonce un manifestant, devant une foule
compacte. Nous, les éducateurs, sommes les premiers boucliers face à la misère
sociale produite par la société. » « La jeunesse est un
investissement pour l’avenir, et le Département semble l’avoir oublié, malgré
son slogan (« Terre d’avenirs », ndlr) », tonne Olivier
Thomas, conseiller départemental (DVG) du canton des Ulis et élu d’opposition.
La majorité départementale
continue d’expliquer, de son côté, que la hausse des dépenses obligatoires et
la baisse des recettes (soit un « trou » de 350 millions d’euros) ont
rendu « nécessaires » des coupes drastiques dans les
politiques qui pouvaient être résorbées par d’autres collectivités, les
communes en première ligne. Il est demandé aux communes de financer à hauteur
de 50 % les subventions aux associations, contre 30 % l'année dernière.
Une délégation de
manifestants a été reçue, le même jour, par Alexandre Touzet, vice-président du
Département en charge de la citoyenneté et de la prévention. Ce dernier, joint
par le JSS, assure « ne pas remettre en cause la prévention spécialisée,
dont les éducateurs sont les premiers à connaître les réalités du terrain », et « comprend »
que ces coupes drastiques puissent être difficilement acceptées. Pour autant,
les élus n’avaient « pas le choix » : « La
situation financière des communes n’a rien à voir avec celle du Département.
Elles peuvent nous aider. »
S'il réfute tout retour en arrière concernant les choix budgétaires, l’élu évoque plusieurs pistes,
comme la mutualisation des moyens entre collectivités et le renforcement du
travail de prévention par tranche d’âge, en se concentrant sur les CM2 et les 6e.
« Le travail doit se faire en direction de ceux qui ont le plus besoin
de la prévention spécialisée, et aujourd’hui, on constate que ce sont les plus
jeunes », estime Alexandre Touzet. A ce jour, des médiateurs
interviennent dans une vingtaine de collèges de l’Essonne. Mais face à ce
« rajeunissement de la délinquance », de nouveaux outils sont
à l’étude, précise le vice-président. Suffiront-ils à apaiser la colère des
agents ?
Mylène
Hassany