CHRONIQUE. Devant la 7e
chambre correctionnelle versaillaise, Ayman M. comparaissait pour agressions
sexuelles sur deux fillettes d'une dizaine d'années, à une occasion des plus
anodines, puisque c'était à la caisse d'un supermarché.
Ayman M. venait tout juste de
rentrer des courses lorsqu'un petit groupe est venu sonner chez lui. Il a
entrouvert la porte, puis l'a précipitamment refermée, jusqu'à l'arrivée de la
police. Ce sont deux petites filles qui ont donné l'alerte : Nour*, 10
ans, et Samara*, 11 ans. L'une raconte que dans la file du supermarché, l'homme
les aurait gentiment laissées passer devant lui, mais qu'ensuite, il leur
aurait « touché les fesses » et « fait des bisous dans
le cou ». L'autre indique qu'il aurait touché sa copine, a priori
« sans le faire exprès », avant de leur « envoyer des
bisous avec la main ». Les parents de l'une des deux ont reçu un coup
de fil d'Ayman M., pour s'excuser, et n'ont donc pas déposé plainte. « Je
regrette énormément », lâche le prévenu à la barre. « Mais
vous avez fait quoi ?, relance la présidente.
- J'ai posé mon pack d'eau...
- Alors ce n'est pour ça que
vous êtes poursuivi, hein !
- J'étais alcoolisé pour
aller faire mes courses...
- Vous n'êtes pas poursuivi
pour ça non plus !
- Je ne me rappelle pas. »
« Je ne comprends
toujours pas ce que vous regrettez »
En garde à vue, Ayman M. a
indiqué avoir simplement poussé les deux filles pour les faire avancer. « Donc
en fait, vous niez complètement les faits... », résume la présidente.
« Je regrette... », poursuit inlassablement Ayman M. « Mais
je ne comprends toujours pas ce que vous regrettez ! », s'agace
la magistrate. Désormais, le prévenu regrette « avoir touché l'enfant
sans faire exprès, même alcoolisé ce n'est pas à faire. [D'ailleurs], je suis
moi-même père ». « Donc, matériellement, vous vous souvenez
leur avoir touché les fesses », ponctue la présidente, visiblement pas
mécontente d'avancer un peu. « Ben... une fois que j'ai vu les vidéos,
je vais pas dire non », concède Ayman M.
« Pourquoi vous les
avez laissées passer devant vous ? », creuse la magistrate :
« J'étais en vacances, j'avais mon temps, c’étaient des enfants ».
« Est-ce que vous regrettez d'avoir eu un geste de contact ? »,
intervient l'avocat de la défense.
– « Oui ». – « Et
est-ce que vous leur avez touché les fesses ? ». – « Non ».
Retour à la case départ, donc. Un peu plus tôt, Ayman M. a indiqué à l'expert
psychiatre ne se souvenir de rien, en raison d'une période de forte
consommation d'alcool, à la suite du suicide de sa femme : « C'était
comme du Prozac, pour moi ». Il encourt dix ans et 150 000 €
d’amende.
« Ces petites filles ont
surinterprété un geste qui a existé »
« Elles dénoncent
immédiatement les faits, et d'ailleurs, elles le poursuivent », entame
la procureure, « et quand il reconnaît ses deux victimes, il ferme la
porte de son logement sans même essayer de comprendre ». Elle estime
que « les bisous adressés par l'intéressé après les faits »,
depuis l'extérieur du magasin, hors champ des caméras de surveillance, « démontrent
qu'il y a eu une intention sexuelle ». Elle demande 4 mois de sursis
simple et la peine complémentaire obligatoire d'interdiction d'exercer une
activité impliquant un contact régulier avec des mineurs.
« J'ai un peu
l'impression que, dans ce dossier, on peut prendre des éléments et leur faire
dire n'importe quoi », rétorque l'avocat d'Ayman M., avant de rappeler
que, dans un premier temps, il avait été question de plusieurs mains aux fesses
et de bisous dans le cou : « Je pense très sincèrement que ces
deux petites filles ont surinterprété un geste qui a existé ». Il
poursuit : « Effectivement, le geste n'est pas accidentel, mais
c'est pour les faire avancer, […] et ça a atteint les fesses, mais [de manière]
accidentelle ».
La défense estime que « le
fait qu'il soit alcoolisé peut expliquer qu'il ait eu un geste relativement peu
précis, et donc qu'il arrive sur la fesse par erreur ». Mais l’avocat
concède que, « quand on arrive à la caisse d'un supermarché et qu'on
laisse passer des petites filles, on ne les touche pas, on le leur dit
simplement ». Ayman M. ajoute : « Encore une fois, je
regrette. Sincèrement ». Suspension, puis reprise : peine
conforme aux réquisitions.
Antoine
Bloch
(*) Les prénoms ont été
modifiés.