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(78) Tribunal de Versailles : « Ça atteint les fesses, mais de manière accidentelle »

(78) Tribunal de Versailles : « Ça atteint les fesses, mais de manière accidentelle »
Publié le 06/03/2025 à 10:13

CHRONIQUE. Devant la 7e chambre correctionnelle versaillaise, Ayman M. comparaissait pour agressions sexuelles sur deux fillettes d'une dizaine d'années, à une occasion des plus anodines, puisque c'était à la caisse d'un supermarché.

Ayman M. venait tout juste de rentrer des courses lorsqu'un petit groupe est venu sonner chez lui. Il a entrouvert la porte, puis l'a précipitamment refermée, jusqu'à l'arrivée de la police. Ce sont deux petites filles qui ont donné l'alerte : Nour*, 10 ans, et Samara*, 11 ans. L'une raconte que dans la file du supermarché, l'homme les aurait gentiment laissées passer devant lui, mais qu'ensuite, il leur aurait « touché les fesses » et « fait des bisous dans le cou ». L'autre indique qu'il aurait touché sa copine, a priori « sans le faire exprès », avant de leur « envoyer des bisous avec la main ». Les parents de l'une des deux ont reçu un coup de fil d'Ayman M., pour s'excuser, et n'ont donc pas déposé plainte. « Je regrette énormément », lâche le prévenu à la barre. « Mais vous avez fait quoi ?, relance la présidente.

- J'ai posé mon pack d'eau...

- Alors ce n'est pour ça que vous êtes poursuivi, hein !

- J'étais alcoolisé pour aller faire mes courses...

- Vous n'êtes pas poursuivi pour ça non plus !

- Je ne me rappelle pas. »

« Je ne comprends toujours pas ce que vous regrettez »

En garde à vue, Ayman M. a indiqué avoir simplement poussé les deux filles pour les faire avancer. « Donc en fait, vous niez complètement les faits... », résume la présidente. « Je regrette... », poursuit inlassablement Ayman M. « Mais je ne comprends toujours pas ce que vous regrettez ! », s'agace la magistrate. Désormais, le prévenu regrette « avoir touché l'enfant sans faire exprès, même alcoolisé ce n'est pas à faire. [D'ailleurs], je suis moi-même père ». « Donc, matériellement, vous vous souvenez leur avoir touché les fesses », ponctue la présidente, visiblement pas mécontente d'avancer un peu. « Ben... une fois que j'ai vu les vidéos, je vais pas dire non », concède Ayman M.

« Pourquoi vous les avez laissées passer devant vous ? », creuse la magistrate : « J'étais en vacances, j'avais mon temps, c’étaient des enfants ». « Est-ce que vous regrettez d'avoir eu un geste de contact ? », intervient l'avocat de la défense.

 – « Oui ». – « Et est-ce que vous leur avez touché les fesses ? ». – « Non ». Retour à la case départ, donc. Un peu plus tôt, Ayman M. a indiqué à l'expert psychiatre ne se souvenir de rien, en raison d'une période de forte consommation d'alcool, à la suite du suicide de sa femme : « C'était comme du Prozac, pour moi ». Il encourt dix ans et 150 000 € d’amende.

« Ces petites filles ont surinterprété un geste qui a existé »

« Elles dénoncent immédiatement les faits, et d'ailleurs, elles le poursuivent », entame la procureure, « et quand il reconnaît ses deux victimes, il ferme la porte de son logement sans même essayer de comprendre ». Elle estime que « les bisous adressés par l'intéressé après les faits », depuis l'extérieur du magasin, hors champ des caméras de surveillance, « démontrent qu'il y a eu une intention sexuelle ». Elle demande 4 mois de sursis simple et la peine complémentaire obligatoire d'interdiction d'exercer une activité impliquant un contact régulier avec des mineurs.

« J'ai un peu l'impression que, dans ce dossier, on peut prendre des éléments et leur faire dire n'importe quoi », rétorque l'avocat d'Ayman M., avant de rappeler que, dans un premier temps, il avait été question de plusieurs mains aux fesses et de bisous dans le cou : « Je pense très sincèrement que ces deux petites filles ont surinterprété un geste qui a existé ». Il poursuit : « Effectivement, le geste n'est pas accidentel, mais c'est pour les faire avancer, […] et ça a atteint les fesses, mais [de manière] accidentelle ».

La défense estime que « le fait qu'il soit alcoolisé peut expliquer qu'il ait eu un geste relativement peu précis, et donc qu'il arrive sur la fesse par erreur ». Mais l’avocat concède que, « quand on arrive à la caisse d'un supermarché et qu'on laisse passer des petites filles, on ne les touche pas, on le leur dit simplement ». Ayman M. ajoute : « Encore une fois, je regrette. Sincèrement ». Suspension, puis reprise : peine conforme aux réquisitions.

Antoine Bloch

(*) Les prénoms ont été modifiés.

1 commentaire
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Mina
- le mois dernier
L'alcoolisation des hommes comme circonstance atténuante pour la commission d'agressions sexuelles.
L'alcoolisation des femmes comme circonstance aggravante du fait qu'elles aient subi des agressions sexuelles.
On cherche toujours la logique!

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