Ce 10 mars, une poignée de
militants de l’association Mouv’Enfants s’est réunie devant l’institution,
réclamant des actions fortes pour les victimes sorties du silence, telles que
l’imprescriptibilité des violences pour que justice soit faite.
« L’État savait. L’Église
savait. Tout le monde savait. Mais rien n’a changé. » Un mois après
une manifestation devant les portes de l’institution privée catholique
Bétharram dans les Pyrénées-Atlantiques qui a abrité pendant plusieurs années
des violences sexuelles sur des mineurs, une petite dizaine de militants de
l’association de lutte contre toutes les formes de violences faites aux enfants
Mouv’Enfants s’est de nouveau rassemblée ce 10 mars, cette fois-ci devant les
portes du ministère de l’Éducation nationale.
Petite et pacifiste, cette
manifestation sur fond de mise en scène n’est pas pour autant passée inaperçue,
avec des cercueils factices posés contre les murs du ministère, de fausses
pierres tombales et des militants vêtus pour certains de tenues d’écoliers.
Objectif de ce rassemblement : apporter un soutien aux victimes de
violences à Notre-Dame de Bétharram, mais également dans d’autres
établissements privés catholiques, et demander des actions fortes de la part de
l’État face aux scandales qui « continuent d’exploser » dans
l’enseignement catholique et aux nombreuses voix d’anciens élèves victimes qui s’élèvent.
« Une justice
d’exception »
« Nous refusons de
laisser ces crimes impunis et de voir l’histoire se répéter. Ces
établissements, financés en partie par l’État, échappent encore à un contrôle
rigoureux. Combien d’enfants en danger aujourd’hui ? Combien de vies brisées ? »,
scande Mouv’Enfants sur les réseaux sociaux.
C’est pourquoi l’association
demande « une justice d’exception pour juger ces crimes »,
comme a su le faire la Belgique dès 2010 à la suite de violences sexuelles sur
des mineurs par certains clercs et pastoraux.
Mouv’Enfant revendique un
contrôle « strict » et « sans exception » de
tous les lieux qui accueillent des enfants, une imprescriptibilité des
violences qu’ont subies les victimes afin que justice puisse être rendue, et ce,
« peu importe le temps écoulé », ainsi qu’une fermeture
« immédiate » des établissements privés ayant couvert ces
crimes. L’association avait d’ailleurs lancé mi-février une pétition pour
fermer Bétharram, qui a recueilli plus de 12 000 signatures en 48 heures.
Relaxes et classement sans
suite pour les accusés
À ce jour, plus de 150
plaintes ont été déposées pour des faits de violences physiques, agressions
sexuelles et viols visant d’anciens religieux et personnels laïcs de
Notre-Dame-de-Bétharram. Plusieurs suspects ont été placés en garde à vue avant
d’être relâchés en raison de la prescription. L’un d’entre eux, visé par 74
plaintes et ayant quitté Bétharram pour « des raisons familiales »,
rapporte franceinfo, a été embauché à Saint-Dominique de Neuilly dans
les Hauts-de-Seine, « sans enquête et sans rien ».
L’actuel premier ministre
François Bayrou, accusé quant à lui d’avoir couvert les faits qui se
déroulaient à Bétharram, a vu les deux signalements formulés à son encontre
pour inaction classés sans suite. Pour la première victime de l’affaire
Bétharram, Marc Lacoste-Seris, il est « ironique » que
l’ancien ministre de l’Éducation à l’époque ne soit pas au courant de la
situation dans les fonctions qui étaient les siennes.
Allison
Vaslin