Celui qui fut également juge
d’instruction, député, président de l’Assemblée nationale, s’est éteint à l’âge
de 80 ans.
La famille Debré est en
deuil. Jean-Louis Debré, ancien président du Conseil constitutionnel, est
décédé ce mardi 4 mars 2025, à l’âge de 80 ans.
Il était l’un des trois fils
de Michel Debré, résistant et corédacteur de la Constitution de 1958. Ses deux
frères, Bernard et François, étaient tous deux décédés en 2020, à 24 heures
d’intervalle.
Féru de politique et de justice
Docteur en droit public,
Jean-Louis Debré se frotte au monde de la politique dès 1973, année où il
devient conseiller technique au cabinet de Jacques Chirac, alors ministre de
l’Agriculture et du Développement rural. Il devient ensuite son chargé de
mission en 1974 à la nomination du futur président de la République au poste de
Premier ministre. En 1978, il est engagé comme chef de cabinet du ministre du
Budget Maurice Papon.
Dans le même temps, il
poursuit sa carrière dans le monde judiciaire. En 1976, il devient substitut du
procureur de la République près le tribunal de grande instance d’Évry-Corbeil,
puis, en 1978, il entre à l’administration centrale de la justice. Il devient
juge d’instruction en 1979, où il est chargé des affaires de crime organisé et
de grand banditisme. Il traite aussi une affaire concernant le terroriste
Carlos.
Cinq fois député entre 1986
et 2017
Il est élu pour la première
fois à l’occasion des élections législatives à la proportionnelle de 1986. Il
sera par la suite réélu député quatre fois, jusqu’en 2007, dans la première
circonscription de l’Eure. Il occupera également la fonction de président de
l’Assemblée nationale de 2002 à 2007.
Après la victoire de Jacques
Chirac à la présidentielle de 1995, il est nommé ministre de l’Intérieur dans
le gouvernement d’Alain Juppé. Durant son passage place Beauvau, il élabore un
projet de loi visant à contrôler plus durement l’immigration irrégulière.
Après la victoire de la
gauche aux élections législatives de 1997 à la suite de la dissolution de
l’Assemblée nationale décrétée par le Président, il tente de renforcer son
implantation locale. Il est élu maire d’Évreux en 2001, battant un maire
communiste présent depuis 1977.
En février 2007, Jacques
Chirac le nomme président du Conseil constitutionnel. Il met notamment en place la
procédure de question prioritaire de constitutionnalité (QPC), entrée en
vigueur en 2010. Il occupera ce poste durant 9 ans avant d’être remplacé par
Laurent Fabius.
« Serviteur de l’État »
Par un communiqué, le Conseil
constitutionnel a salué un président qui « s’était attaché à ce que
puisse être adoptée et se déploie la procédure de la QPC […]. Très attaché à la
Constitution de la Cinquième République dont son père avait été un des
rédacteurs, il avait ainsi poursuivi durant sa présidence le service de la
République qui l’a animé tout au long de son parcours ».
De son côté, le Président de
la République Emmanuel Macron l’a qualifié d’« homme de droit et de
droiture », qui « a consacré sa vie à une certaine idée de la
France. Une vie de fidélité, de rigueur, généreuse et libre ». « [Il] aura marqué de ses convictions gaullistes la vie
politique française », a également souligné le ministre de l’Intérieur, Bruno
Retailleau.
La présidente de l’Assemblée
nationale Yaël Braun-Pivet, a quant à elle rendu hommage à un « immense
serviteur de l’État » dont « l’honneur d’une vie »
fut d’occuper le Perchoir de l’Assemblée nationale.
La nouvelle du décès de
Jean-Louis Debré aura même réussi à faire, une fois n’est pas coutume, converger
tous les bords politiques. En effet, le président du groupe LR à l’Assemblée
nationale Christian Jacob a fait l’éloge d’un homme ayant « servi les
institutions avec honneur et responsabilité », quand le député RN Sébastien
Chenu a salué un homme politique « qui a honoré sa
fonction ».
Du côté de la gauche, la
présidente du groupe LFI-NFP Mathilde Panot n’a pas manqué d’encenser « un
des représentants majeurs d’une droite républicaine qui défendait encore les
usages démocratiques, pour qui le vote du peuple avait un sens, et pour qui
l’Assemblée ne pouvait être un espace aseptisé et soumis au pouvoir ».
Quant à Olivier Faure, le premier secrétaire du PS a fait remarquer que
Jean-Louis Debré « avait su par sa défense intransigeante de la
République se faire apprécier de la gauche ».
Alexis
Duvauchelle